Pratique quotidienne du yoga : ce que Zidane m'a appris sur la répétition
- Aurélie Chamaret

- 8 sept. 2022
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 juil.

La pratique quotidienne du yoga est souvent perçue comme une simple discipline. Pourtant, dans les Yoga Sutras de Patanjali, elle constitue l'un des fondements de la transformation intérieure. Curieusement, c'est une publicité des années 2000 qui me revient régulièrement en mémoire lorsque je déroule mon tapis chaque matin... On y voyait Zinédine Zidane dans le vestiaire, juste avant un match. Autour de lui, les autres joueurs se préparent. La caméra se rapproche de lui tandis qu'une voix off accompagne chacun de ses gestes :
« J'aime ces moments. C'est toujours la même chose. D'abord la jambe gauche, puis la droite… »

Cette publicité m'a toujours marquée.
À l'époque, je n'y voyais qu'une façon élégante de montrer la concentration d'un grand sportif. Aujourd'hui, après plus de vingt ans de pratique du yoga, j'y vois tout autre chose : une magnifique illustration de ce que les Yoga Sutras de Patanjali appellent abhyāsa, la pratique régulière.
La pratique du yoga se construit dans la répétition
Le Yoga Sutra I.12 énonce une idée fondamentale :
« L'apaisement des fluctuations du mental s'obtient par la pratique persévérante (abhyāsa) et le détachement (vairāgya). »
Cette phrase est souvent citée, mais on oublie parfois ce qu'elle implique réellement.
Pratiquer ne signifie pas multiplier les postures, essayer sans cesse de nouvelles méthodes ou rechercher des sensations extraordinaires.
Pratiquer, c'est revenir.
Revenir encore et encore.
Revenir au souffle.
Revenir au corps.
Revenir à l'observation.
Revenir au tapis.
Le sutra précise même qu'une pratique devient solide lorsqu'elle est menée avec régularité, sur une longue période et avec engagement.
Dans la tradition du Viniyoga, héritée de Krishnamacharya et développée par T.K.V. Desikachar, cette idée est centrale. Ce n'est pas la complexité des postures qui transforme une personne, mais la qualité d'une pratique adaptée et répétée dans le temps.
Pourquoi je pense à Zidane lors de ma pratique du yoga
Tous les matins, je déroule mon tapis. Je commence souvent de la même manière. Les mêmes gestes. Le même souffle. Les mêmes techniques. Certaines m'accompagnent depuis des années.
Et pourtant, je ne fais jamais exactement la même séance. Car ce n'est pas moi qui suis identique d'un jour à l'autre. Mon énergie change. Mon humeur évolue. Mon corps raconte une histoire différente.
Le yoga m'apprend justement à écouter ces variations plutôt qu'à lutter contre elles.
La répétition n'est donc pas une routine figée. Elle devient un cadre suffisamment stable pour observer tout ce qui, en nous, est vivant et changeant.
La répétition n'est pas l'ennui
Notre époque nous pousse souvent à rechercher la nouveauté. Nouveau cours. Nouvelle méthode. Nouvelle destination. Nouvelle expérience. Nous avons parfois l'impression que progresser consiste à changer sans cesse.
Le yoga propose une perspective presque inverse.
Il invite à approfondir plutôt qu'à accumuler.
À explorer davantage un chemin déjà connu.
À découvrir que derrière un même geste peuvent se cacher des perceptions infiniment différentes.
Certains matins, la pratique est fluide. D'autres jours, elle paraît lourde. Parfois une posture révèle une sensation nouvelle. Parfois il ne se passe... rien.
Et ce « rien » devient lui aussi un enseignement.
Avec le temps, j'ai compris que la pratique quotidienne du yoga n'avait pas pour objectif de produire une performance, mais de cultiver une présence plus fine à ce qui est là.
Une leçon qui dépasse largement le tapis de yoga
C'est peut-être cela qui m'émeut aujourd'hui lorsque je repense à Zidane. Ce rituel n'était pas seulement une préparation physique. Il exprimait une confiance dans la force des gestes répétés. Les grands sportifs le savent. Les musiciens le savent (je retrouve ce même plaisir dans la pratique du violoncelle). Les artisans le savent. Le yoga nous rappelle la même chose. Nous devenons ce que nous pratiquons.
Chaque fois que nous revenons sur notre tapis, nous renforçons une manière d'être au monde.
La véritable transformation ne naît pas d'un moment exceptionnel, mais de centaines de moments ordinaires vécus avec attention.
Et si le plus difficile n'était finalement pas de vivre des expériences extraordinaires ?
Et si le véritable défi consistait à habiter pleinement les gestes les plus simples, ceux que nous répétons jour après jour, sans nous laisser gagner par l'impatience ou la lassitude ?
C'est peut-être là que commence le yoga.
Quant à la seconde partie du sutra — le détachement (vairāgya) — elle mérite, à elle seule, un autre article…
Ce qu'il faut retenir
La pratique du yoga ne repose pas sur la recherche de performances, mais sur une pratique régulière et adaptée à chacun.
Les Yoga Sutras de Patanjali enseignent que la transformation intérieure naît de la persévérance (abhyāsa) et du détachement (vairāgya).
Répéter les mêmes gestes ne signifie pas refaire toujours la même expérience : chaque pratique est différente, car notre corps, notre mental et notre énergie évoluent chaque jour.
La pratique quotidienne du yoga développe une présence plus fine à soi-même et permet d'accueillir aussi bien les jours où tout semble fluide que ceux où rien ne paraît se passer.
Comme les grands sportifs ou les musiciens, le pratiquant de yoga progresse grâce à la régularité bien plus qu'à l'exceptionnel.
Le yoga nous rappelle que les transformations les plus profondes naissent souvent de gestes simples, répétés avec attention, patience et constance.
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